Imaginer, rêver et céer en groupe: Retour sur nos stages d’expression plastique et créative de février

Mercredi 1 avril 2026

Audrey Dion, secteur formation de la Ligue de l'Enseignement

D’où vient la créativité ? Quel est l'impact du collectif dans la démarche créative et dans l'expression de soi ? Comment valoriser le processus plutôt que le résultat ? Peut-on trouver sa place, sa façon de s'exprimer, tout en valorisant une exploration collective et plurielle? Du 23 au 25 mars 2026, La Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente organisait pour la première fois trois stages d'expression plastique autour de ces questions et enjeux. Retour illustré sur ces trois journées inspirées!

Chacun de ces trois stages résidentiels s’attachait à différents outils d’expression plastique, organisés dans le cadre verdoyant et paisible de la Maison Notre-Dame du Chant d’Oiseau à Bruxelles.

Le stage « Itinéraire, itinérance, intime errance », animé par Alain Munoz, auteur, illustrateur et animateur d’ateliers BD, s'attaquait aux enjeux du rapport texte-image et de la dramaturgie pour élaborer un carnet de voyage illustré, poétique et surtout, collectif.

Le stage « Vision illustrée », animé par Christelle Messiant, designer et formatrice en communication visuelle, proposait de réaliser un vision board (une représentation graphique de ses projets, ses objectifs, son idéal), d’abord individuel puis commun à l’ensemble des participant·es, grâce aux outils de la facilitation visuelle.

Enfin, le stage « Correspondances artistiques », animé par Lara Denil et Anaïs Caillat de l’asbl MADEiNKiT, mettait à l’honneur les techniques de reproduction manuelle d’images (monotypes, transferts, impressions manuelles) pour jouer sur la polysémie du mot « correspondance » et goûter à la création de 4 à 48 mains.

Dessins sur une table

 

Des outils différents, mais un objectif commun: aller au-delà de l’exploration personnelle pour construire et créer ensemble, pour faire naître quelque chose qui soit plus que la juxtaposition des productions individuelles.

Un objectif sans conteste rendu plus atteignable grâce au caractère résidentiel de ces stages. Ils se déroulaient dans un lieu d’accueil bruxellois, à proximité immédiate du contexte de vie et de travail d’une grande partie de notre public habituel, tout en proposant de loger sur place et donc de vivre des temps en groupe en dehors du travail en atelier. Pour permettre une expérience plus immersive, intimiste et hors de la frénésie habituelle de notre quotidien. Pour favoriser les rencontres et vraiment faire naître le collectif.

Et c’est bien ce dernier enjeu que nous avons pris plaisir à observer et analyser ! Notre équipe était en effet présente sur place pour accompagner les groupes durant les moments passés hors des ateliers: les temps de pause, les repas, les soirées. Au travers de nos déambulations sur place et des conversations cueillies par-ci par-là, nous nous sommes intéressé·es à ce moment de bascule où les préoccupations individuelles font place à l’intention collective.

Ce moment de bascule se traduit parfois par de petites choses. Parmi les participant·es, des personnes de tous horizons, avec ou sans compétences artistiques. Pourtant, toutes étaient en confiance, toutes ont amené leur propre regard, toutes ont trouvé des solutions créatives pour s’exprimer.

personne dessinant sur une feuille

 

Aurore participait au stage « Itinéraire, itinérance, intime errance ». Elle nous explique qu’elle ne sait pas dessiner et que c’était la première fois qu’elle participait à une expérience comme celle-ci. Elle ne s’est pourtant pas sentie freinée dans les différents exercices proposés. « Ce que j’ai vécu lors du stage a complètement dépassé le stade de la comparaison entre mes productions et celles des différents membres du groupe. À aucun moment je ne me suis dit que je faisais mieux ou moins bien que les autres. » Natasha, qui participait au même stage qu’Aurore, ajoute : « C'était une agréable surprise de s'inspirer du travail des autres dans le groupe pour créer nos propres images et histoires, c'était stimulant. » Dans chacun des stages, le groupe semble représenter une source d’inspiration, une malle dans laquelle puiser des idées. « Il n’était pas non plus question de se contenter de maîtriser un geste ou une technique à la perfection. Alain était là pour nous pousser vers notre manière à nous de représenter nos idées. Si ça ne passait pas par le dessin, cela pouvait passer par d’autres médias, comme la photo ou le collage », explique encore Aurore.

Oxana, qui participait au stage « Correspondances artistiques », raconte : « J’ai notamment adoré les exercices qui nous ont amenés en binôme à l’extérieur pour dessiner le paysage. Toutes ces propositions de travail en collectif m’ont apporté beaucoup de réconfort, de soutien ; j’ai maintenant hâte de m’essayer à toutes ces techniques seule. »

« J’ai aussi apprécié qu’il y ait plusieurs ateliers organisés simultanément, et que nous ayons pu y découvrir ce qui s’y construisait. C’est généreux et ça pousse à la curiosité », nous dit Marie, du stage « Itinéraire, itinérance, intime errance ». Nous avons en effet encouragé les moments d’échange entre ateliers, par des moments « portes ouvertes » en fin de journée, ou par des temps de convivialité en soirée, autour d’un petit verre ou d’un jeu de société.

Et puis, ce moment de bascule s’inscrit aussi dans des preuves plus évidentes, qui ne laissent aucune place au doute. Impossible en effet de contester l’existence d’un vrai travail collectif face aux productions qui ont été présentées dans les différents ateliers lors de la dernière après-midi de stage. Nous avons adoré l’effervescence qui a imprégné les locaux lors de ces dernières heures : beaucoup de questions, de doutes aussi parfois, mais le même élan, la même énergie dans toutes les salles.

Dans l’atelier « Itinéraire, itinérance, intime errance », nous découvrons un livre dont toutes les pages sont placardées sur les murs. Elles déroulent une histoire créée à partir de fragments de carnets de notes et d’esquisses individuels, de pensées personnelles et de rêveries glanées au fil des promenades dans le jardin. Elles mettent en évidence les observations communes, le croisement entre les itinéraires empruntés par chacun·e. Elles sont illustrées par des styles et des médias différents, pourtant la narration est fluide et évoque les préoccupations partagées par le groupe.

personnes regardant des dessins
dessins

 

Dans l’atelier « Vision illustrée », une grande fresque tellement léchée qu’il est difficile de croire qu’elle a été composée par 14 mains différentes. Réalisée en une petite heure, elle n’en représente pas moins l’aboutissement d’un long processus. Un processus au cours duquel chaque personne aura pu clarifier sa vision et trouver la manière de la représenter graphiquement, mais aussi durant lequel les 7 membres du groupe auront appris à se connaître et à identifier leurs aspirations et motivations communes.

Dans l’atelier « Correspondances artistiques », une collection de cartes postales très finement illustrées. En écoutant les participantes parler de leur travail, on comprend que chaque carte, en apparence anodine, raconte un processus collectif, et que dernière chaque élément graphique se cache une technique différente, des mains différentes. Lara et Anaïs, animatrices du stage, décrivent l’un des exercices proposés. En binôme, dos à dos à un endroit choisi du parc, chaque personne brandit un cadre vide à hauteur des yeux et dessine ce qu’elle voit dans son cadre. De retour à l’atelier, les binômes échangent les esquisses. Chacun·e repart ensuite du dessin de l’autre pour créer une nouvelle composition, qui parle d’un même lieu, d’une atmosphère. Des cartes postales pour correspondre, pour se répondre, des cartes qui nous correspondent !  

personnes accrochant des feuilles en papier sur un mur
Dessin

 

Ces trois journées de créativité collective ont donc inspiré, soutenu, réconforté, ressourcé, permis l’expression de soi. Nous avons eu l’impression que chaque participant·e repartait avec la sensation d’être venu contribuer à quelque chose, quelque chose qui a grandi et qui les dépasse désormais.

Dessins

 

En guise de conclusion (et de cerise sur le gâteau), le témoignage d’Oxana : « Dans la semaine qui a suivi, j’ai partagé mon expérience avec mes collègues et le temps d’un lunch, j’ai organisé un moment créatif où nous avons testé une des techniques apprises au stage ensemble. Cela nous a offert une belle parenthèse et un beau moment créatif ensemble. Et pourtant, nous ne travaillons pas dans le domaine artistique ! Ce stage représente donc un grand plus pour moi. Je m’y suis ressourcée, j’ai appris plein de choses nouvelles et je suis rentrée chez moi chargée d’une nouvelle énergie créative. »

De quoi nous rendre impatient·es d’organiser la prochaine période de stages !

 

Couverture de la revue Eduquer 200

Avr 2026

éduquer

200

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