Crise de société, crise de l’école?

Jeudi 5 juin 2025

Image représentant le désenchantement entre l'école et la politique
Patrick Hullebroeck, Directeur

L’idée que l’école reflète la société est une vieille antienne. L’idée que l’école offre un moyen pour changer la société l’est tout autant.

L’une n’exclut d’ailleurs pas l’autre, car l’école est à la fois le produit des politiques scolaires et un effet de celles-ci qui peut transformer en retour la société, l’économie et les aspirations de la population.

Les choix politiques dans le domaine éducatif sont toujours la traduction plus ou moins directe d’un projet éducatif, c’est-à-dire d’un certain nombre de valeurs et d’objectifs qui inspirent l’éducation en réponse à la question «quelle femme, quel homme voulons-nous former?».

Mais lorsque les choix ne semblent plus dictés que par des motivations d’économies et de rationalisations, c’est le sens même du métier qui apparaît sacrifié tandis que les valeurs et les objectifs invoqués pour motiver les réformes semblent artificiels et factices.

Pour le personnel enseignant qui exerce le métier, c’est le sentiment d’un manque de considération et de déclassement qui prévaut. Celui-ci est renforcé quand les enseignantes et enseignants ont par ailleurs le sentiment que la société elle-même n’a qu’une faible considération pour leur activité. 

Ainsi, dans le baromètre rendu public par la ministre Glatigny en février dernier, 67,1% des enseignant·es exprimaient le sentiment que leur métier était peu valorisé par la société. Et la récente enquête nationale menée par l’ULB et l’Université d’Anvers pour le compte de la VRT, du Standaard et de la RTBF ne fera que renforcer ce ressenti, puisqu’une minorité de la population seulement se dit favorable au maintien du système actuel des nominations pour lequel la profession bataille depuis de longs mois.

Au-delà des péripéties politiques, la question qui se pose est celle de savoir quelle est la place réellement donnée à l’éducation dans la société, et plus concrètement pour tout un chacun dans sa propre existence. Constitue-t-elle une priorité autour de laquelle s’organise le vécu, avec parfois les sacrifices que son importance justifie, ou n’occupe-t-elle qu’une place relativement secondaire dans la vie quotidienne, indiquant par là que la crise de l’école n’est jamais autre chose que le symptôme d’un problème dans la société elle-même?

Patrick Hullebroeck, directeur

Couverture de la revue Eduquer n°195 consacrée au sport

juin 2025

éduquer

195

Du même numéro

Jeune sur un terrain de basquet

Intégration par le sport? Le revers de la médaille

Le sport est souvent présenté comme un remède aux fractures sociales. Outil d’intégration, de cohésion et d’égalité des chances: la promesse est séduisante. Mais derrière cet idéal largement partagé, ...
Lire l'article
Photo de jeunes faisant du sport

L'éducation physique se refait une santé

Depuis 2024, les écoles francophones généralisent une troisième période de cours d'éducation physique. Une réforme discrète, pourtant inscrite dans un changement de fond: il ne s’agit plus seulement d...
Lire l'article