Témoignages de rentrée: regards croisés sur l’école

Lundi 22 septembre 2025

Ecolière avec des sacs à dos énormes
Timothé Fillon, secteur communication Ligue de l'Enseignement

Professeurs, chercheurs, syndicalistes et associations livrent leur analyse de la rentrée scolaire. Pénurie, inégalités et restrictions budgétaires questionnent l'avenir de l'enseignement en ce début d’année.

La rentrée scolaire, ce n’est pas seulement l'odeur des cartables neufs et le brouhaha des classes qui s'ouvrent. La rentrée porte aussi en elle les enjeux décisifs de l'avenir de l’enseignement1. Pour en explorer les contours, nous avons recueilli les témoignages de celles et ceux qui la vivent au quotidien, l'accompagnent et la pensent, que ce soit dans le monde enseignant, associatif, syndical ou de la recherche.
Entre deux circulaires, ils et elles ont accepté de partager leurs inquiétudes devant la pénurie du secteur et la montée des logiques économiques qui s'imposent, au détriment de l'intérêt des élèves. Face aux réformes en cours, une majorité de nos témoignages converge pour rappeler que l'école est un service public, dont la garantie nécessite un investissement proportionnel à sa mission d'intérêt général.

Méthodologie
La rédaction d’Éduquer a collégialement sélectionné un panel d’intervenant·es jugé pertinent pour penser les enjeux éducatifs en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les propos publiés sont ceux de nos témoins, revus et approuvés par eux. Un diagnostic sans anesthésie.

Pessimisme

Roberto Galluccio, président de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation permanente

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Pessimisme. Après une année de mise en place de la déclaration de politique communautaire à la suite des élections régionales et de l’installation du gouvernement communautaire conservateur, nous voilà dans une approche très dure des restrictions budgétaires. Cela touchera toutes les matières d’enseignement: de la gratuité dans le fondamental à la disparition des 7e professionnelles, en passant par la réforme du qualifiant, l’incertitude du tronc commun, la mise au frigo de projets immobiliers scolaires et d’autres mesures. Les économies à réaliser sont de 300 millions d’euros en 2026, pour aller en ordre croissant jusqu’en 2029. 

Quelles sont vos principales attentes ou inquiétudes pour cette rentrée scolaire?
L’inquiétude majeure est la mise à mal du statut des enseignant·es et son remplacement par un CDI. Paradoxalement, pour certains membres du gouvernement, l’attractivité du métier d’enseignant·e passe par le détricotage du statut qui date des années 1930. La situation actuelle montre bien que cette mesure produit l’effet inverse dans la motivation des jeunes à épouser cette fonction. Il n’y a jamais eu aussi peu d’inscrit·es dans les catégories pédagogiques des hautes écoles et des universités. La plupart des nouvelles recrues engagées dans les écoles n’ont aucun titre pédagogique.
Notre principale attente est la mise en place de deux périodes de cours de philosophie et de citoyenneté dans l’enseignement non confessionnel et l’organisation facultative des cours de morale et de religions hors de la grille horaire. À terme, l’ensemble des réseaux d’enseignement devraient organiser ce cours. Cela permettra de développer l’esprit critique de nos jeunes.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l’école?
Il faut revoir prioritairement les règles de financement de l’enseignement en Communauté française. L’absence de recettes fiscales et une situation qui perdure depuis la communautarisation de l’enseignement en Communauté française ne fait qu’augmenter son déficit. 

Un espoir pour cette nouvelle année scolaire?
Lutter contre les inégalités scolaires et contre la dualisation persistante de notre enseignement doit être la préoccupation majeure pour cette rentrée. La feuille de route pour cette année scolaire est la concrétisation du Pacte pour un enseignement d’excellence. À force de tergiverser sur les pistes pour améliorer les performances de nos écoles et d’amener à la réussite un maximum d’étudiant·es, l’image négative de notre enseignement persistera. 

Votre message aux décideurs politiques? 
Pour atteindre ses objectifs pédagogiques, l’enseignement a besoin de stabilité et d’investissement constant. La réforme systémique entamée en 2015 avec l’accord des différentes composantes politiques doit être absolument menée à son terme. Il faut impérativement raviver la confiance auprès des différents acteurs et actrices de l’enseignement, les élèves, les enseignant·es et les parents.

«Lutter contre les inégalités scolaires et contre la dualisation persistante de notre enseignement doit être la préoccupation majeure pour cette rentrée
Roberto Galluccio

Luttes

Olivier, instituteur de la région de Charleroi

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Luttes. Nous faisons face aux gouvernements (fédéral, régional et communautaire) les plus socialement réactionnaires de l’après Seconde guerre mondiale. L’école ne manque pas d’être touchée par cette déferlante droitière. C’est en premier lieu les élèves et les familles des classes populaires (détricotage du tronc commun, non-élargissement de la gratuité, etc.) qui seront touchés, mais aussi les enseignants (statuts, pensions, etc.) et encore l’école en tant que service public. L’heure n’est pas à la résignation, mais tout au contraire à la lutte commune avec tous ceux qui sont attachés à l’édification d’une école progressiste.

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
L'inquiétude est multiple. On est face à un gouvernement qui attaque l'école en tant qu'instance démocratique, à un système scolaire qui produit d'énormes inégalités, et à des équipes pédagogiques à bout de souffle du fait des réformes managériales et des attaques sans précédent du gouvernement sur leurs conditions.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Notre système scolaire est l’un des plus ghettoïsés d’Europe: plus qu’ailleurs, il existe chez nous des «écoles de pauvres» et des «écoles de riches». Cet apartheid social recouvre également un apartheid ethnoculturel. Réguler notre marché scolaire est donc une nécessité absolue si l’on veut que notre enseignement devienne plus socialement équitable.

Votre message aux décideurs politiques? 
Si l’on peut aujourd’hui octroyer de tels montants à la course aux armements, alors il doit être possible de financer l’école à la hauteur de ce que sa mission démocratique réclame.

«Réguler notre marché scolaire est une nécessité absolue si l’on veut que notre enseignement devienne plus socialement équitable.»
Olivier

Incertitude

Cécile, enseignante dans le qualifiant à Verviers

Cécile, enseignante

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Incertitude. Pour de nombreux élèves venant de 6e technique, qui ne peuvent poursuivre leur parcours dans l’enseignement secondaire et qui sont orientés vers l’enseignement pour adultes. Ils découvriront, en ce début d’année scolaire, si le nombre d’étudiants est suffisant pour l’ouverture de la formation désirée. 
Incertitude pour certains enseignants qui ignorent s’ils auront encore des heures suite à la réduction de 3% des normes d’encadrement dans l’enseignement qualifiant, suite aussi au nouveau pilotage des options, à la suppression des 7e techniques de qualification et à la fermeture de certaines 7e professionnelles, faute d’élèves.

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
L'objectif politique est de généraliser l'alternance, ce qui entraînera inévitablement une diminution de la formation citoyenne au profit de l'entreprise. Mais l'école ne doit-elle pas aussi participer à l'éducation de citoyens capables de comprendre le monde? 

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Combattre réellement les inégalités et lutter contre la ghettoïsation scolaire. Œuvrons pour une véritable mixité sociale dans les écoles dès l'inscription en maternelle! 

Votre message aux décideurs politiques? 
J'aimerais que les décisions politiques concernant notre école ne soient plus gouvernées uniquement par l'aspect financier. L'éducation et l'instruction de nos enfants méritent des investissements à la hauteur de la mission confiée aux enseignants! 

«L'éducation et l'instruction de nos enfants méritent des investissements à la hauteur de la mission confiée aux enseignants!» Cécile

Nouveaux enjeux

Hubert Deplus, enseignant-chercheur en éducation relative à l'environnement à la Haute École Francisco Ferrer

Hubert Deplus

Quels mots résument le mieux cette rentrée scolaire? 
Nouveaux enjeux. Avec l'arrivée de l'intelligence artificielle générative (IAg), tous les pans de notre vie sont désormais concernés. Les enjeux climatiques sont également essentiels, les canicules de cet été l’illustrent une fois de plus. Les transitions numérique et socio-environnementale sont les deux transitions majeures selon l'Union Européenne. Il est temps de les intégrer pleinement dans l'enseignement. 

Quelles sont vos principales attentes pour cette rentrée?
Décloisonner les apprentissages pour donner davantage de sens. Le meilleur exemple, c'est l'environnement. Toutes les disciplines s'y retrouvent.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Développer l'esprit critique. Avec l'arrivée de l'IAg, cette compétence est encore plus cruciale qu'auparavant. Distinguer le vrai du faux, vérifier les sources, considérer les propos sourcés plutôt que d'adhérer aux débats d'opinion... C'est une priorité absolue pour permettre à l'école de former des citoyens autonomes.

«Les transitions numérique et socio-environnementale sont majeures selon l'Union Européenne. Il est temps de les intégrer pleinement dans l'enseignement.»
Hubert Deplus

Incertitudes

Grégory Voz, docteur en sciences de l’éducation et formateur à la Haute École Libre Mosane

Grégory Voz

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire?
Incertitudes. L'enseignement secondaire est un lieu d'incertitudes: quant au parcours d'enseignement qualifiant (PEQ), au tronc commun, aux nominations, aux emplois; les anciennes et les nouvelles options créent des espoirs et des regrets.
 
Quelles sont vos principales attentes pour cette rentrée?

La formation des enseignants s’accélère encore cette année. Après une période un peu agitée dans la gestion des collaborations, cette dynamique peut être l’occasion d’une véritable reconnaissance des expertises et d’une amélioration de la formation. Mon attente: y croire et s’y investir pour que cela fonctionne, car notre système scolaire en a besoin.
Mon autre attente concerne l’image du métier: il faut inverser la tendance à la baisse des inscriptions dans les formations d’enseignants et enrayer la pénurie qui crée un cercle vicieux pour l’école.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Accepter de faire confiance aux autres et en soi: pas uniquement confiance dans ce que l’on sait déjà faire, mais bien dans son potentiel d'amélioration.

Un espoir pour cette nouvelle année? 
Assertivité dans le doute. Que les échanges à propos de l'école se fassent entre personnes sûres d’apporter quelque chose d'intéressant, tout en étant capables d’admettre qu’elles n’ont peut-être pas totalement raison.

«La dynamique de formation des enseignants s’accélère encore cette année. Elle représente l’occasion d’une véritable reconnaissance des expertises
Grégory Voz

Défis!

Sandrine Lothaire, docteure en sociologie de l’éducation à l’Université de Mons

Sandrine Lothaire

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Défis! Cette année nécessitera un dialogue permanent entre l'ensemble des acteurs. La lutte contre la pénurie d'enseignants qualifiés demeure l'un des enjeux majeurs.

Quelles sont vos principales attentes pour cette rentrée? 
Le maintien d'un dialogue entre les principaux acteurs doit constituer le terreau d'une réflexion approfondie quant aux leviers à actionner en vue de lutter contre la pénurie. La recherche met en exergue une revalorisation du métier, associée au maintien des acquis sociaux, à une gestion des carrières repensée en vue de faciliter l'insertion professionnelle et à des formations initiale et continue outillant à la complexité actuelle du métier. Ces éléments constituent des facteurs incontournables à prendre en considération.

Un espoir pour cette année scolaire?
Le rétablissement d'un dialogue bienveillant et constructif entre les acteurs de l'enseignement au sujet de la problématique générale des carrières enseignantes.

Une envie pour cette nouvelle année?
Garantir le dialogue bienveillant et constructif entre l'ensemble des acteurs de l'enseignement, au sujet de la problématique générale des carrières enseignantes mais également, plus largement, des grands défis traversant actuellement le système éducatif en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Votre message aux décideurs politiques?
Ne pas questionner les acquis sociaux du personnel mais travailler davantage à une réelle revalorisation du métier, passant par la prise en considération sociétale de la complexité du métier. 

«La lutte contre la pénurie d'enseignants qualifiés demeure l'un des enjeux majeurs.»
Sandrine Lothaire

Recul

Nicolas Duvivier, animateur en éducation permanente de la Fédération des Parents et des Associations de Parents de l'Enseignement Officiel (FAPEO)

Logo de la FAPEO

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Recul. Le rehaussement du seuil de réussite aux épreuves externes de 50% à 60% en est un parfait exemple. Cette décision est très pénalisante, en particulier pour les plus vulnérables. 

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
Que les mesures mises en place ne soient que les premiers coups de canif portés au Pacte pour un Enseignement d'excellence. La mise au frigo du prolongement du tronc commun génère beaucoup d'incertitudes pour les 50.000 élèves de 6e primaire et leurs parents. 

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Bien-être et inclusion. Au vu de l'état de santé mentale de nos plus jeunes et des chiffres affolants du décrochage scolaire. En 2024, environ un élève du secondaire ordinaire sur cinq décroche.

Une envie pour cette année scolaire? 
La FAPEO souhaite que tous les acteurs concernés fassent passer le message: les élèves ont principalement besoin d'une école qui leur donne confiance en eux et leur permette de se projeter dans l'avenir sereinement. On oublie parfois l’évidence: cette institution est avant tout un lieu de vie que nos enfants fréquentent pendant au moins 13 à 15 ans, à raison de 8 à 10 heures par jour. Il nous semble censé d’exiger que les élèves s’y épanouissent sur tous les plans, y compris physique, psychique et social. Ce qui est difficile à mettre en œuvre dans une logique compétitive et excluante telle qu’empruntée par la nouvelle coalition MR-Les Engagés.

Votre message aux décideurs politiques? 
La FAPEO espère que la réforme du tronc commun jusqu'à 15 ans sera menée à terme et que les forces politiques réalisent mieux l'ampleur de la détresse des élèves, que l'on cesse de marteler des discours punitifs ou utilitaristes. Il ne s’agit pas d’un bilan comptable ici, mais bien de la vie quotidienne de nos enfants.

«Les élèves ont principalement besoin d'une école qui leur donne confiance en eux et leur permette de se projeter dans l'avenir sereinement
Nicolas Duvivier

Urgence

Hélène Caels, représentante de l'Association des Professeurs de Philosophie et Citoyenneté 

Hélène Caels
©Bruxelles Laïque

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Urgence! Beaucoup de nos jeunes sont abandonnés aux mains de manipulateurs politiques, religieux ou philosophiques. Le décret sur l'interdiction du smartphone est excellent mais insuffisant face à l'ampleur du problème.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école?
Face à la polarisation des opinions chez nos jeunes, il est primordial de bénéficier d'un espace à l'école pour les former à une pensée logique, rationnelle, argumentée et nuancée! De nombreuses écoles souffrent du manque de moyens financiers.

Quelles sont vos principales attentes pour cette rentrée?
Une des priorités serait de renforcer le cours de philosophie et citoyenneté en dédoublant l'heure actuelle, et cela afin de donner des outils à nos jeunes et de les aider à former leur esprit critique.

Un espoir pour cette année scolaire? 
Une école qui vit va former des jeunes qui se sentent bien, sont épanouis, savent s'exprimer et argumenter et, surtout, ne se laissent pas manipuler. L'investissement dans les écoles ne doit pas se calculer sur du court terme.

Votre message aux décideurs politiques? 
Un âge de raison où on arrête de vouloir tout réformer. Pour revenir aux missions essentielles de la société: lutter contre la violence et la pauvreté, pacifier et émanciper par le savoir. Nous insistons sur l’importance d’un cours de philosophie et citoyenneté à au moins deux périodes par semaine pour que tous les élèves puissent développer leur esprit logique et critique. 

«Face à la polarisation des opinions chez les jeunes, il est primordial de les former à une pensée logique, rationnelle, argumentée et nuancée!»
Hélène Caels

Chère

Madeleine Guyot, directrice générale de la Ligue des familles

Madeleine Guyot

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Chère. L'école est trop chère. Or elle devrait être gratuite! Ce principe, inscrit dans notre Constitution et dans la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, n'est pas respecté. Qu’il s’agisse de matériel scolaire ou de frais liés à des activités, la facture pour les parents est salée, surtout à la rentrée. Elle l’est encore plus pour les parents d’enfants inscrits dans le qualifiant. 

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
La ministre de l'Éducation a décidé de suspendre la poursuite de l'application du principe de gratuité. Les parents de 56.000 enfants de 4e primaire sont confrontés pour la première fois à des frais supplémentaires pour du matériel essentiel aux apprentissages. La pression financière sur les parents est énorme (deux tiers des parents affirment être en difficulté financière face aux frais scolaires) et elle pollue la relation entre les parents, les enfants et l’école. 

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l’école?
Reprendre la marche vers la gratuité telle qu'elle était prévue dans le Pacte pour un enseignement d'excellence, progressivement jusqu'à la fin du primaire puis dans le secondaire, avec une priorité pour l'enseignement qualifiant. En outre, la suite de l’inspection des frais scolaires doit être réalisée au plus vite. C’est un outil précieux qui permet aux écoles d’être accompagnées dans le respect de la loi et aux parents d’être respectés dans leurs droits. C’est fondamental pour garantir un climat scolaire serein.

Un espoir pour cette nouvelle année scolaire?
L'espoir que les directions d'école qui ont été inspectées interpellent la ministre pour lui faire comprendre que la gratuité permet une simplification administrative et favorise une meilleure relation avec les parents. Rappelons que dans 92% des cas où la gratuité s’applique, les écoles respectent la loi à la lettre et utilisent correctement les budgets. 

Votre message aux décideurs politiques? 
La gratuité scolaire n’est pas une faveur mais bien un juste retour des contributions fiscales des parents. Nos responsables politiques auraient tout intérêt à la considérer comme un des piliers de notre démocratie car elle permet de mettre au centre de notre société l’éducation de nos enfants. Cette gratuité de l’enseignement doit profiter à tout le monde pour qu’ils et elles, de leur plus jeune âge à leur majorité, puissent vivre concrètement ce qu’est la solidarité et la lutte contre les inégalités, en vue de l’émergence d’une société robuste et collaborative. 

«La gratuité scolaire est l’un des piliers de notre démocratie car elle permet de mettre au centre de notre société l’éducation de nos enfants.»
Madeleine Guyot

Service public de qualité

Lionel Rubin, directeur adjoint Cellule Étude et Stratégie du Centre d’Action Laïque (CAL)

Lionel Rubin

Quels mots résument le mieux cette rentrée scolaire? 
Service public de qualité. Dans un contexte budgétaire défavorable, il est nécessaire de rappeler que l'école doit rester un service public, gratuit, accessible et de qualité.

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
Le mouvement laïque craint de voir l’enseignement public lésé au profit de l’enseignement privé confessionnel. À ce stade, une grande partie des revendications de l’enseignement privé confessionnel a reçu un accueil favorable, au détriment de l’enseignement public.

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
L’intérêt de l'enfant. Chaque réforme de l'enseignement devrait être menée dans l'intérêt de l'enfant, et non sur une base idéologique.

Une envie pour cette nouvelle année?
Au vu des bouleversements traversés par le monde, offrir à tous les élèves un vrai cours de deux heures de philosophie et citoyenneté leur permettrait d’exercer et de développer leur esprit critique. L'apprentissage de cette démarche philosophique visant à la décentration ne peut donc pas s'apprendre dans le cadre d'un dialogue interconvictionnel.

Votre message aux décideurs politiques? 
On rappellerait l’un des quatre objectifs prioritaires de notre enseignement: «Préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures.»

«Chaque réforme de l'enseignement devrait être menée dans l'intérêt de l'enfant, et non sur une base idéologique.»
Lionel Rubin 

Populisme

Luc Toussaint, président communautaire CGSP Enseignement

Luc Toussaint

Quel mot résume le mieux cette rentrée scolaire? 
Populisme. L'interdiction du smartphone, la mesure médiatique de cette rentrée, en a toutes les caractéristiques. Un «problème» relativement secondaire, qui détourne l'attention de problèmes bien plus importants comme l'aggravation de la pénurie d'enseignants qualifiés.

Quelles sont vos principales inquiétudes pour cette rentrée?
L’aggravation de la pénurie d’enseignant qualifiés et l’absence totale de mesures s’attaquant à ses causes. Également les mesures d’économie prévues sur le dos du secteur. 

Quelle serait la priorité absolue pour améliorer l'école? 
Donner les moyens pour assurer à tous les enfants et aux adultes qui le souhaitent une école de qualité, non violente et égalitaire. 

Un espoir pour cette nouvelle année?
Que l'opinion publique prenne conscience que les enjeux en matière d'éducation concernent la société entière et pas seulement les travailleurs du secteur.

Votre message aux décideurs politiques? 
Investir dans l’éducation est meilleur pour garantir la paix qu’investir dans les armes.

«Les enjeux en matière d'éducation concernent la société entière et pas seulement les travailleurs du secteur.»
Luc Toussaint

 

 

  • 1Voir notre analyse «Réformes de l’enseignement: l’école à marée basse» dans ce même numéro: https://ligue-enseignement.be/education-enseignement/articles/actualites/reformes-de-lenseignement-lecole-maree-basse
Couverture de la revue Eduquer n°196

oct 2025

éduquer

196

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